Chapitre 67
L’écho des autres
New-Denmark, Automne 2045
Pendant que Soham et ses proches tentaient de s’organiser, de se défendre, le reste du monde s’effritait. Famine en taches dispersées, conflits permanents, pannes en cascade, virus surgis de nulle part. Tout semblait conçu pour épuiser, fragmenter, désespérer.
Les Anunnakis étaient à l’œuvre. Actifs. Froids. Leur logique n’était pas celle de la domination, mais de l’effacement. Ils ne voulaient pas régner. Ils voulaient que l’humain se défasse de lui-même.
Mais ailleurs, comme à New-Denmark, quelque chose résistait. En silence. Dans les replis. Des foyers discrets, lents, organiques. Pas de drapeaux. Pas de slogans. Juste des femmes, des anciens, des jeunes qui recommençaient à parler, à cultiver, à réparer.
Comme si, au fond du chaos, les peuples avaient commencé à se souvenir. Non pas du passé, mais de ce que c’était que d’être vivant. Ensemble.
Mais ailleurs, comme à New-Denmark, quelque chose résistait. En silence. Dans les replis. Des foyers discrets, lents, organiques. Pas de drapeaux. Pas de slogans. Juste des femmes, des anciens, des jeunes qui recommençaient à parler, à cultiver, à réparer.
Comme si, au fond du chaos, les peuples avaient commencé à se souvenir. Non pas du passé, mais de ce que c’était que d’être vivant. Ensemble.
Cache automobile – petit matin
La lumière crue d’un projecteur rebondissait sur les murs d’acier. Soham n’avait pas dormi. Elle tapotait la tranche de son carnet, debout devant la grande table métallique où s’éparpillaient cartes, câbles, croquis au fusain.
Barnes entra, le visage fermé, un café noir à la main.
“Tu peux la trouver ?” demanda-t-elle.
“Qui ?”
“Célia Ruiz. Celle du camp Delta. Follow dit qu’elle a accès aux circuits souterrains. Si elle est encore là, elle sait comment sortir Jan et Billy. C’est notre meilleure chance.”
Barnes acquiesça, déjà concentré sur son terminal.
“Je vais relancer mes vieux canaux du sud. Chiffrement triple couche. Si elle capte le signal, elle répondra.”
Soham fixa un moment la carte murale. Punaises, fils tendus, points d’interrogation.
“Je veux organiser des rencontres avec les Forces Fermières. De vraies discussions. Régionales. Discrètes. Pas de diffusion. Juste des cercles fiables. Si on veut résister, on doit parler. Et s’écouter.”
Barnes leva les yeux.
“Tu veux rassembler ?”
“Pas une armée. Un tissu. S’ils ne se sentent pas reliés, on perdra chacun dans son coin.”
Elle pointa la table du doigt.
“Mais avant ça, je veux tout le noyau ici. Tim, Julie, Jessy, Élise, Gaël. Et Follow.”
Barnes haussa un sourcil.
“Tu lui fais confiance ?”
“Non. Mais il connaît Delta mieux que nous tous. Et il n’a plus rien à perdre. Ça le rend utile. Et dangereux. On le garde proche.”
Un silence.
“Tu veux Lila aussi ?” demanda Barnes, mi-sérieux.
Soham esquissa un sourire.
“Elle observe mieux que nous tous.”
Barnes rangea son écran.
“Je les fais venir. Avant ce soir.”
Soham passa la main sur la ligne du camp Delta, comme si elle cherchait un point faible avec ses doigts.
“On n’a plus le luxe d’attendre,” dit-elle. “S’ils tombent, on tombe.”
Soham tapota la table du bout des doigts, puis se tourna vers Barnes.
“Et Keiffer ? Il est encore en vie ? Tu lui parles ?”
Barnes resta figé une seconde. Il prit une gorgée de son café.
“Pas depuis juillet. Il a effacé ses traces. Même moi, je peine à remonter jusqu’à lui. Mais s’il est en vie, il écoute. Toujours.”
“Essaie de le joindre,” dit-elle simplement. “Dis-lui que c’est moi qui demande.”
Barnes hocha lentement la tête.
“Il te respecte. S’il entend ton nom, il sortira peut-être de son trou.”
Soham regardait la carte, toujours.
“On a besoin de tous ceux qui ont un morceau de la carte. Même les ombres.”
Dans le l’entrée de la cache, on entendit des pas, puis le grincement discret de la trappe.
Gaël entra le premier, un panier d’osier dans les bras. Élise le suivait, les joues rouges de vent, les bottes pleines de boue sèche. Ils revenaient d’un détour à la ferme de Riley Brook, là où les serres tenaient encore debout.
“On a trouvé ça pour toi,” dit Élise en s’adressant à Lila, le ton doux mais joyeux.
Lila leva les yeux de son bricolage. Gaël posa le panier devant elle avec un air presque solennel.
Il y avait de petites carottes encore pleines de terre, quelques radis roses, trois œufs chauds dans un linge, une poignée de bleuets, des camerises, et un petit bouquet de menthe sauvage.
“Tout droit du sol,” dit Gaël. “Pas un seul drone n’a vu ça pousser.”
Lila n’osa pas toucher tout de suite. Elle regardait le panier comme un trésor ancien.
“Je peux les dessiner avant de les manger ?” demanda-t-elle timidement.
Élise rit doucement.
“Tu fais ce que tu veux. Ce sont tes légumes maintenant.”
Soham les observait depuis le fond de la salle. Elle ne dit rien. Mais elle sentit une chaleur lui monter au ventre. Pas de joie — pas encore. Mais une reconnaissance muette. Ils étaient vivants. Et c’était déjà beaucoup.
Bureau central — niveau 6, Loring
L’écran affichait une silhouette floue. Zoom. Recadrage. Reconnaissance faciale : Follow M., autorisation de niveau 3 – révoquée.
Angela Smith ne cligna pas des yeux.
“Il a sauté la clôture. Secteur nord. Drones aveuglés pendant sept minutes. Aucun signal depuis.”
Elle fit défiler les logs. Aucun mot. Juste les chiffres. Les failles.
Un agent en blouse grise s’avança.
“Nous avons lancé un scan thermique du périmètre. Il a probablement utilisé un brouilleur de proximité. La signature s’est perdue près de la vieille route 132.”
Angela referma le dossier. Lentement.
“Il faut le retrouver. Avant qu’il ne parle davantage. Ou qu’il ne contamine.”
Elle marqua une pause, puis ajouta :
“Code jaune sur Follow M. Alertes croisées sur toutes les plateformes. Autorisation d’intervention létale si nécessaire. Pas d’arrestation. Pas d’interrogatoire.”
“Reçu.”
Angela se leva, impeccablement droite. Elle fixa l’écran figé sur le visage de Follow, l’ombre d’un doute dans les yeux.
“Le virus, ce n’est pas la technologie,” dit-elle. “C’est la parole. Et il vient de parler.”





